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Publié le par El yaagoubi ahmed

La psychologie cognitive et l'entreprise Convertir en PDF Version imprimable
Ecrit par Vincent BUHLER  
31-03-2005
Si la psychologie cognitive mérite d'être mieux connue et mieux utilisée, notamment dans les professions liées aux apprentissages, le psychologue doit bien connaître le monde et les règles de l'entreprise pour y intégrer ses connaissances scientifiques.
Vincent : 
           Comment faire pour avoir une communication juste dans l’exercice de notre métier face à des professionnels qui ne partage pas notre langage, quelle position tenir. Pour prendre un exemple : un professionnel du e-learning, comment lui parler de mon travail de ce que je peux lui apporter ? Ne faut-il pas lui parler, résultat, lui parler en contexte, de lui parler de son travail… ?
Frédérique Cuisinier :
    Je crois qu’il faut savoir effacer dans notre discours, la partie qui n’est pas pertinente pour l’autre. L’effacer ne veux surtout pas dire l’ignorer, elle reste en arrière plan pour prendre une métaphore informatique. Mais je crois effectivement que la préoccupation d’un éditeur ou d’un manageur, est, à juste titre, un objectif d’efficacité, de rentabilité, de productivité.
Le psychologue est là aussi pour réfléchir avec lui sur les conditions qui permettent de garantir cette efficacité ou en tout cas qui permettent d’aller dans le sens de cette efficacité. Par exemple dans le domaine de la formation où il y a beaucoup de gâchis, une action réfléchie en amont, permet une meilleure utilisation des ressources.
Et puis surtout les psychologues possèdent une expertise  qu’on soupçonne peu, la méthodologie d’évaluation. Concevoir des outils d’évaluation des processus complexes : les situations sociales, les situations d’apprentissage, … je crois que vous pourriez valoriser le fait que vos compétences puissent constituer une valeur ajoutée à ce qui se fait dans l’entreprise.
 
Vincent :  L’entreprise a des préoccupations qui pourraient nécessiter du psychologue une attention particulière par rapport à la déontologie. Dans quelles situations peut-on se retrouver en porte-à-faux par rapport au code de déontologie ?
 
-         C’est difficile de répondre, je me méfie des anecdotes, autant que d’une réponse qui serait trop générale. Les étudiants titulaires du Dess de psychologie et ayant fait un cursus complet en psychologie peuvent faire usage professionnel du titre de psychologue. Ils se réfèrent donc au code de déontologie des psychologues.
Ce code c’est à la fois un moyen d’encadrer leur pratique, mais c’est aussi un moyen de les protéger, il permet de se situer par rapport aux demandes qui peuvent être faites. Cela reste à l’appréciation de chacun. Cependant, la préservation de l’intégrité des personnes est une règle avec laquelle le psychologue travaille et pour laquelle il travaille.
Ceci étant, si le psychologue travaille sur un manuel scolaire, on peut se demander pour qui il travaille effectivement, l’élève, l’enseignant, l’éditeur ? Le psychologue est par ailleurs tenu au secret professionnel, il ne doit pas divulguer les informations qu’il obtient dans le cadre de sa pratique. Mais il peut très bien divulguer des informations sans divulguer des informations qui soient personnelles. A lui aussi de faire en sorte que les informations qu’il diffuse soient totalement déconnectées des personnes qu’il a pu approcher dans sa pratique.
D’autres cas de figure peuvent également se produire notamment lorsque les demandes adressées au psychologue s’avèrent, de son point de vue incompatibles avec les exigences du code (en termes d’objectifs, de préconisations, d’exigences de rentabilité…). Je pense qu’il n’y a pas de réponse générique, c’est à chacun d’examiner et de trouver les moyens de composer avec chaque situation tout en restant dans la limite du code. Plusieurs attitudes sont possibles, comme par exemple prendre le problème à bras le corps et  décider de travailler avec ses collaborateurs sur la question de sorte qu’elle ne constitue pas un point de rupture. Ou encore, expliquer quelles sont les limites de la collaboration et montrer que précisément ces limites représentent des éléments qui vont finalement ouvrir des perspectives. La préparation à ces interrogations constitue un des axes de la formation du DESS. Le code n’est pas forcément un instrument qui mettrait le psychologue dans une position difficile et qui le conduirait à s’exclure. Il constitue aussi un cadre qui lui permet d’affirmer son identité dans la collaboration et de réfléchir finalement à ses pratiques.
Frédérique Cuisinier : 
 
Directrice du DESS "Psychologie Cognitive et Aide à la Conception d'Outils Educatifs.
 
Chercheur au sein du centre de recherche "Processus cognitifs et conduites interactives : déterminants culturels, sociaux et individuels" (école doctorale connaissance et culture). 

 

 

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